vendredi 18 décembre 2015

L'errance de Camille (suite)



Aujourd’hui je peux vous les livrer  telles qu’elles étaient présentées :

Il porte sa maison sur son dos
Tel un escargot ;
Comme lui
Il peut se faire écraser, massacrer,
Comme lui,
Il avance à pas comptés,
Mais lui
Ne sait pas où ils vont le mener.
Il s’est arrêté
Dans notre belle cité,
Pour se reposer.
Assis devant la Maison de la Presse,
Il a déposé son dortoir.
Sans le regarder,
Les Uns et les Autres se pressent
Pour acheter leur quotidien.
Il n’existe pas,
Assis là,
En position de faiblesse,
Son lot quotidien.
Il a vingt- cinq ans,
« L’avenir devant lui »
Qui lui ont dit.
Aujourd’hui il vérifie
Ce qui lui a été transmis
Quand il était enfant.
Mensonges, tromperies,
C’est ce qu’il a ressenti,
Alors il est parti.
Ici, il n’existe pas.
Personne ne le connaît,
Personne ne le reconnaît,
Ici il est en paix.


Juste ne plus exister,
Se laisser aller.
Aujourd’hui, il a croisé son regard,
Elle lui a dit « bonjour »,
C’est un beau jour.
De ses yeux hagards,
Il lui a souri,
 Il a ressenti,
Il est en vie.
Une larme d’espoir,
Juste pour ce soir ;
Il ne veut s’y accrocher
De peur de retomber
Et de s’enfoncer
Dans un plus grand désespoir.
Il  ne connaît que l’instant,
L’instant présent.
Juste récolter,
Dans sa boite d’acier,
Quelques pièces dorées
Pour pouvoir manger.
Ce soir il repart,
Son dortoir sur le dos,
Tel un escargot,
Se mettre à part,
Bien caché,
Dans un coin de notre belle cité.
Il porte toute sa vie sur son dos.
A travers ses yeux verts,
Elle a vu tout l’univers
De la solitude,
De l’isolement,
De l’abandon.
Le temps d’une minute,
Une étincelle,
Le temps d’un moment,
Un appel,
Juste une émotion,
Un sentiment universel,
Un besoin d’exister.
Elle aimerait lui donner
Cette possibilité.
Cette rencontre inopinée
L’a bouleversée.
Une impression d’impuissance
Devant tant de souffrance.
Elle aimerait lui avouer
Son incapacité
A lui porter secours,
Et n’a pour seul recours
Que l’envie de lui crier :
« Il faut lutter,
Il existe des possibilités,
Tu peux retrouver ta dignité ;
Elle est en sommeil
Au fond de toi,
Acceptes de la mettre en éveil.
Laisses l’essence de ta vie
Couler en toi ;
Cherches dans ton imagination
Ta reconstruction ;
Toi seul détiens les clés
De ta vérité.
Alors oses  t’affirmer
Et tu trouveras les moyens
Pour élever ton quotidien
Ouvres ton cœur
Et tu trouveras le chemin
Du bonheur ».
Elle sait qu’un seul regard
Peut engendrer
Des directions opposées
Mais si un seul regard
Peut déclencher
L’envie de tout recommencer
Elle est décidée
A en distribuer
A chaque achat de son quotidien 
Au quotidien.                                                                                                                                                         

En lisant les larmes coulaient ; depuis combien de temps n’avais-je pas senti ces perles chaudes ruisseler sur mes joues ? Les avais-je déjà senties un jour ? Encore une fois je n’en avais aucun souvenir. Pourquoi ?
Une carte accompagnait les textes avec une inscription, juste un mot « l’escale »et un numéro de téléphone.
Les feuillets repliés,  je les ai glissés avec la carte dans l’enveloppe que j’ai rangée dans la poche intérieure de mon blouson, là tout près de mon cœur.
Le lendemain j’ai préféré reprendre la route ; même si je ne pouvais me l’avouer j’avais peur de rencontrer à nouveau le regard de cette femme, peur de céder à l’émotion, peur de me trouver devant un choix, à un carrefour en connaissant la direction bénéfique à un avenir plus stable mais je n’étais pas prêt à changer de cap, je n’avais pas encore parcouru le chemin intérieur qui me conduirait à cette solution, y parviendrais-je un jour ?
 à suivre...

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