samedi 29 septembre 2012

Voyage sous terrain

Ils s'enfoncent sous la terre, se hâtant à petits pas ou à grandes enjambées, de peur de rater le prochain arrêt du RER , évitent de se bousculer craignant quelques altercations.
Les portes s'ouvrent, ils se précipitent, le temps est compté et la fermeture des battants agressive.
Les places assises sont réduites, et même vacantes, elles ne trouvent pas toujours preneurs, certains préfèrent s'amarrer aux barres verticales plantées, là, au centre.
Je les observe, moi qui ne vais nulle part, moi qui ne viens de nulle part,  moi qui ne suis de nulle part.
Mon temps je l'occupe comme il me plait et, aujourd'hui, j'imagine cette jeune fille, là, engoncée dans ses vêtements, ne laissant rien paraître de sa vie, de son intimité, pas de bijoux, pas de décolleté, que de l'anonyme, que du sans.
Alors je me la filme, là, en bas résille et combiné à dentelle rouge et noir, jouant avec la barre; oui c'est bien elle, les cheveux bruns dénoués, la poitrine voluptueuse, glissant le long de la barre froide et argentée, sur laquelle elle s'enroule, se déroule, qu'elle enlace et rejette au gré de sa fantaisie et de son humeur, elle sourit, elle s'amuse, elle est heureuse.
Le grincement des roulements sur les rails et le balancement m'extirpe de ma rêverie et je contracte mes fessiers et mes jambes pou ne pas glisser sur mon voisin, voisin absent présent, les écouteurs dans  les oreilles, le regard fixé sur l'écran de son portable et les doigts qui s'agitent sur son mini clavier; la communication est rompue.
Je ne suis pas de ce monde.
Là un homme lit un journal, celui-là lit le coran....oh là une femme sourit...oui pas parce qu'elle est heureuse d'être ici, elle aussi a des écouteurs et  son air laisse supposer qu'une musique douce, relaxante lui procure ce semblant de béatitude.
Ah enfin deux adolescents se racontent, rient de leurs aventures, spontanément, sans retenue, ignorant la tristesse et la noirceur environnantes; ils sont comme deux soleils dans cette nuit.
A travers la vitre poussière j'aperçois sur le mur de la station l'inscription "Châtelet"; ce nom me plait, j'en ai assez, cet arrêt sera la mien; je prends le rythme de mes compères pour passer les portes de cet enfer et retrouver le jour et sa lumière.

2 commentaires:

Basile a dit…

On attend tous la fin du voyage ! Et on fuit comme on peut en imaginant des scènes lascives... J'aime.

CLAUDINE POUPARD-CITRON a dit…

merci Basile